25 juillet 2006
Inconciliables départs
Tu es seul.
Perdu dans cette foule rugissante, tu es seul avec elle.
Hésitant, revenant sur tes pas, tu erres sans but en comptant les secondes qui te séparent du matin suivant.
Tu dis oui. Tu dis non. Tu écoutes mais tu n’entends pas. Sa voix est trop forte et couvre tes pensées. Tes bras te font mal. Ces valises pleines de deuil sont plus lourdes de minute en minute.
Tu décides de fuir cet endroit. Tu te réfugies dans un taxi et machinalement tu l’envoi chez toi. Peut-être que tout est déjà fini, peut-être qu’il n’est pas trop tard. Tu retournes ces questions cent fois dans ta tête. Cette torture te soulage, tu as l’impression d’être sur le point d’agir. Grimper jusqu’au cinquième et ouvrir la porte, et après ? Plus que deux rues et l’immeuble sera en vue.
Plus qu’une.
« C’est ici ? » demande le chauffeur. Rappelé au réel, tu scrutes la façade de derrière la vitre. Tout est éteint au cinquième. Vraiment tout… ? Tu fais signe de continuer à rouler. Tel le passager d’un navire en perdition, tu décides de te jeter à l’eau. Tes valises sont tes seules bouées.
Tu quittes le navire.
Où vas-tu aller maintenant ? (Mais que raconte cette femme ?) Ce cabaret semble désert. Tu y seras bien pour souffrir. (Elle a quelque chose de familier dans le regard.)
Tu entres.
Tu t’installes au bar et commande un russe blanc. Tu sais que ce russe là aura ta peau un jour, mais tu t’en fous. Il faut bien y passer de toute façon. (La femme t’a suivi. Elle a demandé un café.) Tu remarques des cernes prononcés sous ses grands yeux bleus. C’est ce regard triste que tu connais.
Elle avait le même depuis quelques mois.
Non. Elle a toujours le même…