Terminus

La plume est plus forte que l'épée.

25 juillet 2006

4 planches pour 1 mur (1)

Il faut faire preuve d’ingéniosité pour combler une fraction d’éternité. On a beau retourner le problème dans toutes les directions, subsiste toujours un doute sur l’axe qu’il faudra tôt ou tard se résoudre à choisir. Et pendant ce temps les années s’écoulent et s’enroulent sur les bobines de cette horloge pour qui sonne le glas. Stigmatiser le passé pour orienter le présent ? Plus facile à dire qu’à faire. Tout le monde n’a pas une poignée de cartes postales prêtes à fissurer les cicatrices qui parsèment notre enveloppe charnelle. Sinueux est le chemin qui conduit le mémorialiste au temple de la bassesse. Vouloir se faire un nom semble être un passage obligé ; le genre humain témoigne d’un avide besoin de reconnaissance. Paradoxe amusant, on cherche à sublimer un groupe de personnes dont on se moque éperdument. C’est très intéressant ce que tu racontes, mais attend d’avoir entendu ce que j’ai à te dire. Toujours le même refrain. Lancinante litanie de gestes, de tics, trahissant l’impatience galopante de pouvoir enfin imposer son point de vue à l’autre en oubliant instantanément tout ce qu’il vient de nous dire. Peut-être qu’à une période de l’existence on trace un trait sur son idéal de pérennité. Je ne suis rien, je ne serais jamais rien. La moitié du temps qui m’était imparti s’est écoulée et je n’ai toujours pas commencé à vivre. Après avoir rapidement, environ vingt ans, compris qu’il était impossible de tout prévoir, on commence à se demander ce qu’il nous reste quand on décide de s’abandonner totalement à ce désespérant hasard. Notre carcan quotidien se fait de plus en plus étouffant. Toujours la même chambre, le même appartement, la même maison, la même ville, les mêmes têtes, les mêmes réflexions idiotes, les mêmes querelles dont le ridicule n’a d’égal que la brièveté des rancoeurs. Les voyages forment la jeunesse ils disaient. Mais combien de temps peut bien durer la dérision de cette illusion ? N’avez-vous jamais constaté la déception d’un homme qui se rend enjoué sur les lieux qui ont bercé son enfance et qui se voit confronté au morne silence de l’amertume et des souvenirs qui se désagrègent au fil des larmes. Tout est maintenant si petit, tassé, rabougri, rongé, comme ces poutres de la maison de notre enfance qui, à la moindre poussée, délivrent un gémissement plaintif, prêtes à s’effondrer sur elles-mêmes en un assourdissant chaos organique. Partir en excursion, voyage dans le passé totalement désorganisé, sans savoir ce que l’on cherche, sans être vraiment sûr d’où l’on part, et sans savoir de quelle substance sera le minotaure qui nous prendra invariablement en chasse dès que le mince fil de notre raison cèdera le pas à cette sempiternelle chasse aux démons.

Posté par Sylkarion à 16:20 - Essais - Commentaires [0] - Permalien [#]


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