Terminus

La plume est plus forte que l'épée.

26 juillet 2006

Mort d'un mutant voyageur (3)

Jour 3 : Teliko, le vaisseau fantôme

Station Oberdeen,  secteur 092 de Sad City, 10h58

- Vaisseau commercial Teliko, ici le centre de contrôle d’Oberdeen. Vous avez l’autorisation de vous poser. Plate-forme 78, quai numéro E05. A vous.
- Bien reçu. Débutons manœuvre d’approche.
Les deux moteurs auxiliaires du Teliko entamèrent leur rétro-poussée dans un vacarme assourdissant. Dans la cabine pressurisée du quai E05, deux hommes assistaient distraitement aux manœuvres du cargo.
-      T’as regardé le match hier soir sur le canal 23 ?
- Pas moyen, Megan m’a saoulé pour regarder le documentaire sur les pingouins de l’espace. Elles sont incroyables ces bestioles, elles arrivent à survivre pendant des mois sur des débris d’astéroïdes en bouffant de la mousse.
- En parlant de mousse, je m’en jetterais bien une autre.
- La cinquième de la matinée ?
- Sixième.
- Bordel de merde !
- Oh ça va hein ! T’as picolé autant que moi mon salaud.
- Qu’est-ce qu’ils foutent là-dedans  nom d’un chien ? !
- Hein ?
- Ils ont oublié de réguler la poussée, couche-toi, ça va secouer !
Alors qu’il se trouvait à seulement 10 mètres du tarmac, le Teliko tomba comme une pierre. Les champs de force de secours du quai encaissèrent en partie le choc.
- Putain, tu parles d’un rodéo ! Attend que je choppe le responsable de cette merde !
- Allons voir ça de plus près, il y a peut-être des blessés.
- Et alors, on est pas toubibs. Je suis pas payé une solde de misère pour soigner les bobos de ces enfoirés de pilotes.
Sans relever la remarque de son collègue, Jim Davenport prit la direction du cargo. Ils sont bons pour faire réviser entièrement la coque en cale sèche s’ils espèrent repartirent d’ici un jour, songea-t-il en enregistrant du regard les avaries les plus visibles, principalement des fissures dans la zone de soutènement.
- Je pars à gauche, toi à droite. On se retrouve de l’autre côté. Et fais gaffe de pas raser les réacteurs de trop près, j’ai pas envie de siffler des bières avec un steak carbonisé.
- T’auras pas ce plaisir.
Davenport se dirigea en marche forcée en direction de l’avant de l’appareil. Il aurait voulu se mouvoir plus vite mais les tenues réglementaires anti-radiations, aussi modernes soient-elles, étaient toujours aussi encombrantes pour être un tant soit peu efficaces. Il parvint finalement à hauteur du sas de secours, essaya de l’activer à plusieurs reprises, sans succès. Chose assez rare, l’alimentation électrique, du moins le circuit extérieur, semblait momentanément hors service. Après avoir contourné le cockpit, trop haut pour être visible, et averti au cas où l’équipe de secours, il longea à peu près la moitié du cargo, soit deux kilomètres standards, avant de retrouver son collègue et ami, Sullivan Beetle.
- Tu as trouvé quelque chose ?
- Non, absolument rien, sauf qu’il doit plus y avoir de jus à l’arrière. Le circuit de refroidissement est en rade, du coup j’ai du faire un détour pour pas griller dans ma combi.
- Pas de courant non plus devant.
- Alors, qu’est-ce qu’on fait, on attend l’équipe de secours ?
- Non, on va entrer, ils sont peut-être mal en point là-dedans.
- Ok, c’est toi le boss. Et tu comptes rentrer comment ?
- Je compte sur tes doigts de fée. Tu penses pouvoir choquer un sas de secours ?
- Aucune serrure ne me résiste, surtout avec un trésor à la clé.
- T’es pas un peu vieux pour ça ?
- Y a pas d’âge pour ça, hé !
Une fois devant le sas le plus proche, les deux hommes se mirent au travail. Ils furent bientôt rejoints par les pompiers de l’espace, comme Jim aimait les surnommer, qui arrachèrent la porte en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Deux équipes de 5 hommes pénétrèrent à l’intérieur. Albert Jennings, responsable dépêché par la tour de contrôle pour superviser les opérations, demeura avec Jim et Sullivan pour se faire décrire en détails les circonstances de l’incident. Réfugiés dans la cabine pressurisée, ils répétèrent chacun leur tour leur récit. Lorsque Jennings parut satisfait, Jim proposa de retourner près du sas pour en savoir plus. Il quitta le premier la cabine et à peine eut-il mis le pied dehors que les deux autres l’entendirent s’écrier : « Sainte mère de Dieu ! ». Ils se précipitèrent dehors à leur tour, et demeurèrent stupéfaits, les bras ballants. Le Teliko avait disparu.

Posté par Sylkarion à 16:41 - Nouvelles - Commentaires [0] - Permalien [#]

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