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25 juillet 2006

Mort d'un mutant voyageur (2)

Jour 2 : L’homme qui en savait trop peu

Neogonus, secteur 291 de Sad City, 4h31

A cette heure avancée de la nuit, les rues d’habitude très fréquentées du bloc restaurant étaient pratiquement vides. Quelques ombres fugitives s’agitaient dans quelques sombres recoins. L’une d’elles bougeait plus vite que les autres. Régulièrement elle regardait sa montre et pressait le pas de plus belle. Elle percuta un groupe de jeunes, se fit violemment invectiver, mais ne prit pas la peine de se retourner et continua son chemin. Elle longea une rue de restaurants chinois et tourna subitement à droite dans une étroite ruelle où se côtoyaient ordures et immondices. Elle tira une lourde porte à elle et s’engouffra dans un couloir où régnait une obscurité totale. Butant plusieurs fois sur le sol devenu inégal, elle se baissa, ramassa quelque chose puis le reposa doucement au sol. C’était un cadavre de rat, assez gros pour faire penser à un chien. Tout Neogomus avait du être évacué huit ans auparavant afin que la brigade anti-vermine, la BAV, procède à l’extermination d’une armée de rats. La prolifération anormale n’avait pas semblé préoccuper les élus jusque là, mais la mort d’une centaine de nourrissons dévorés vivants dans une crèche par ces mêmes rats les avait décidé à intervenir. Après que plusieurs spécialistes aient été attaqués malgré l’usage intensif de lance-flammes, on avait décidé en haut lieu d’utiliser un agent chimique particulièrement nocif, le ZN14, qui avait semblé régler le problème mais avait aussi prolongé l’évacuation d’une huitaine de jours et nécessité la purification des canalisations et conduits de ventilation.

- Qui va là ? rugit une voix des profondeurs, faisant tressaillir imperceptiblement le nouveau venu qui stoppa net son avancée à l’aveuglette.
- William Doherty, répondit-il d’une voix hésitante. C’est vous qu’on appelle Montgomery ?
- Ôtez la main de votre arme.
- Pardon ?
- Vous m’avez très bien entendu.
- Mais je n’ai pas…
- La graisse que vous utilisez pour votre glock refoule à des kilomètres.
- Je vous assure que…
- C’est sans importance, si vous esquissez le moindre geste suspect je vous brise les deux jambes et je vous laisse pourrir dans ce trou en tête à tête avec nos charmantes hôtesses (Pour une raison encore inconnue uniquement quelques femelles avaient survécu au grand nettoyage des égouts de la ville.)

Le vif éclat d’une torche au phosphore éclaira soudain la large cavité creusée à même la roche où se trouvaient les deux hommes. Doherty, grand noir de près de deux mètres aux membres allongés se retrouva face à face avec un colodien aux longs cheveux argentés. Il détailla son vis à vis du regard et s’arrêta avec stupéfaction sur son visage. Montgomery était aveugle !

- Et maintenant ?
- Passez devant et faites ce que je vous dis.
- Il est là-bas ?
- Oui, il vous attend. Maintenant plus un mot, dépêchez vous.

Le colodien tendit sa torche à Doherty qui s’engouffra dans la cavité de plus en plus étroite. Les deux hommes avançaient péniblement. Les nombreux cadavres de rats ralentissaient leur marche dans ce qui, songea Doherty, devait être d’anciens conduits d’égouts aujourd’hui condamnés. Mais ce qui était le plus pénible c’était cette épouvantable odeur de putréfaction qui alourdissait l’air et le rendait difficilement respirable sans être régulièrement sujet à de violentes nausées. Finalement, au bout de vingt minutes qui semblèrent une éternité à Doherty, ils débouchèrent à nouveau sur une surface plane. Quelques mètres plus loin, deux hommes armés gardaient une lourde porte en acier trempé. Ils saluèrent au passage du colodien et laissèrent passer les deux nouveaux venus sans prendre la peine de les fouiller. A peine ceux-ci eurent-ils franchi la porte qu’elle se referma derrière eux. Une seconde plus tard la tête de l'aveugle volait en éclats.

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